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Fascia et fasciathérapie

Dernière mise à jour : 9 janv.

À l’interface entre biomécanique, système nerveux et adaptation au stress, le fascia émerge comme un acteur central de la santé globale.

 

Longtemps considérés comme de simples tissus de soutien passifs et relégués au second plan des études anatomiques, les fascias sont aujourd’hui reconnus comme un système à part entière, vivant, dynamique et hautement sensoriel. Ils jouent un rôle central dans la transmission des forces, la proprioception, la nociception, la posture, la régulation neurovégétative, ainsi que dans la genèse et la persistance des douleurs chroniques.

 

Ces structures de tissu conjonctif enveloppent, relient et soutiennent muscles, organes, vaisseaux et nerfs, depuis la surface cutanée jusqu’aux structures les plus profondes. Bien au-delà d’un rôle mécanique, le fascia intervient dans la réparation tissulaire, la cicatrisation, la récupération fonctionnelle et l’adaptation globale du corps aux contraintes mécaniques, émotionnelles et environnementales.


fascia et santé globale
fascia et santé globale

1.     Les fascias, généralités

 

Le terme fascia provient du latin et signifie « bandelette ». En 1799, Xavier Bichat publie l’une des premières descriptions anatomiques de ces structures, qu’il nomme alors membranes, notant que « les membranes n’ont point été jusqu’ici un objet particulier de recherche pour les anatomistes ».

En 1858, Henry Gray définit le fascia comme « une masse de tissu conjonctif visible à l’œil nu, dont les fibres sont entrelacées ». Longtemps ignorés par la médecine et l’anatomopathologie, leurs rôles et fonctions sont aujourd’hui de plus en plus référencées.

 

Aujourd’hui, les recherches contemporaines confirment que les fascias forment un réseau conjonctif continu, tridimensionnel et ininterrompu, présent dans tout le corps : peau, muscles, tendons, os, articulations, organes, méninges, cerveau et moelle épinière. Ils enveloppent, relient, soutiennent et informent toutes les structures corporelles.

 

On distingue classiquement :

  • Fascia superficiel : situé sous la peau, impliqué dans la thermorégulation, la perception tactile et la circulation des fluides.

  • Fascia profond : enveloppe muscles et os, joue un rôle majeur dans la proprioception, la posture et la transmission des forces.

  • Fascia viscéral : entoure et soutient les organes internes.

Le fascia superficiel est impliqué dans la perception tactile et thermique, tandis que le fascia profond joue un rôle central dans la proprioception et la nociception profonde.

 

D’un point de vue anatomique plus précis, on décrit également :

  • Les aponévroses,

  • Les septa intermusculaires,

  • Les méninges,

  • Le périoste,

  • L’endomysium, le périmysium, l’épimysium, etc.

Bien que ces structures présentent des densités, des orientations de fibres et des fonctions mécaniques spécifiques, aucune discontinuité réelle n’existe entre elles. Le fascia constitue ainsi un continuum vivant unique, capable de se transformer progressivement d’un tissu à l’autre.

 

Le fascia est composé :

  • De fibres de collagène (résistance à la traction),

  • De fibres d’élastine (élasticité et capacité de restitution),

  • D’une matrice extracellulaire hydratée, riche en acide hyaluronique et protéoglycanes, permettant le glissement inter-couches.

Le fascia lâche (aréolaire), interposé entre les couches denses, joue un rôle fondamental dans la mobilité tissulaire.

 

Deux types cellulaires principaux assurent l’homéostasie fasciale :

  • Les fibroblastes, producteurs de collagène,

  • Les fasciacytes, spécialisés dans la synthèse d’acide hyaluronique.

Cette organisation confère au fascia une plasticité adaptative, modulée par :

  • Les contraintes mécaniques (mouvement, immobilisation),

  • Les facteurs hormonaux (œstrogènes, cortisol),

  • Le système nerveux autonome.

Les travaux de Carla Stecco ont démontré que le fascia doit être considéré comme un tissu vivant, réactif et fonctionnel, et non comme une simple enveloppe anatomique.

 

Les différents types de fascias jouent un rôle fondamental dans la mobilité du corps et l'intégrité des différentes parties corporelles. Ils permettent aux muscles et aux articulations de se déplacer en toute fluidité, tout en absorbant les chocs et en protégeant les structures internes. Les fascias, de par leurs propriétés visco-élastiques notamment, jouent un rôle biomécanique essentiel; ils sont aussi connus pour être des structures passives de transmission des contraintes générées par l'activité musculaire ou des forces extérieures au corps.

Il a également été montré qu'ils sont capables de se contracter et d'avoir une influence sur la dynamique musculaire et que leur innervation sensitive participait à la proprioception et à la nociception.


Les fascias jouent un rôle clé dans l'adaptabilité du corps face aux contraintes physiques et émotionnelles. Lorsqu'une zone du corps subit une tension, une douleur, ou une restriction, le fascia s'ajuste pour protéger cette zone en modifiant sa tension et son glissement. À court terme, ces adaptations sont bénéfiques : elles permettent de maintenir la stabilité du corps et de poursuivre le mouvement malgré une limitation locale. Cependant, si la contrainte persiste, le fascia peut perdre son élasticité, devenant plus dense et rigide, ce qui entrave sa capacité de glissement. Cela peut entraîner des schémas compensatoires et la propagation de tensions, parfois loin de la zone d'origine, générant douleurs, pertes de mobilité, et troubles posturaux. Ainsi, bien que le fascia soit essentiel pour la compensation des déséquilibres corporels, il peut aussi devenir un vecteur de déséquilibres s'il est soumis à des contraintes prolongées.

 

Les muscles ne fonctionnent jamais de manière isolée. Ils sont enveloppés et interconnectés par les fascias reliant :

  • La main,

  • Les doigts,

  • Le poignet,

  • L’avant-bras,

  • Le bras,

  • L’épaule,

  • Les trapèzes,

  • Le cou et les cervicales,

  • Le haut du thorax,

  • Les omoplates,

  • Le dos.

Lorsque ce réseau est souple et mobile, les structures glissent librement, permettant des gestes précis, fluides et indolores.

 

De nombreux facteurs altèrent la qualité des fascias comme des cicatrices, des gestes répétitifs, des mauvaises postures, des traumatismes, un stress important, une alimentation inadaptée, la pollution, une inflammation chronique, un déséquilibre hormonal, une déshydratation...




2.     Fascia et cicatrices

 

On réduit souvent la cicatrice à une simple marque visible sur la peau. En réalité, une cicatrice est un événement tissulaire profond, qui concerne l’ensemble du système fascial.

 

Le fascia est le chef d’orchestre de la cicatrisation puisqu’il intervient à toutes les étapes du processus de réparation tissulaire.

Pour rappel, il contient notamment :

  • Des fibroblastes : Cellules clés de la cicatrisation, responsables de la production et de l’organisation du collagène.

  • Une matrice riche en eau structurée : Indispensable au glissement entre les plans tissulaires, à la diffusion des nutriments et à la transmission des contraintes mécaniques.

  • De nombreux mécanorécepteurs : qui permettent au tissu de percevoir les contraintes, de s’adapter au mouvement et d’informer le système nerveux.

Lorsque ces éléments fonctionnent de manière harmonieuse, la cicatrisation est souple, fonctionnelle et intégrée.

 

Pour cicatriser correctement, le fascia a besoin de trois éléments fondamentaux :

·        Du mouvement

·        Une hydratation suffisante

·        Une stimulation douce et progressive

En leur absence, le collagène se dépose de façon désorganisée, le tissu se densifie, se rigidifie et perd sa capacité d’adaptation.

Lorsque la cicatrisation est incomplète ou mal intégrée :

·        Les fascias perdent leur capacité de glissement,

·        Le tissu s’épaissit et se densifie,

·        La zone se rigidifie,

·        Le corps met en place des stratégies de compensation à distance.

Ainsi, une cicatrice peut perturber le mouvement bien au-delà de sa localisation initiale, en modifiant les chaînes de tension, la posture et parfois même la perception corporelle.

 

Une cicatrice fermée n’est pas synonyme de cicatrice intégrée car elle peut être fermée sur le plan cutané, indolore au repos et visuellement discrète, tout en restant non intégrée sur le plan fascial.

Cela peut se traduire par :

·        Des restrictions de mobilité,

·        Des douleurs chroniques ou à distance,

·        Une perte de fluidité du geste,

·        Une fatigue adaptative du corps.

 

Une approche par le massage et l’application de cataplasme d’huile de ricin va :

·        Redonner du mouvement aux tissus,

·        Restaurer l’hydratation et le glissement fascial,

·        Augmenter la production de collagène et d’élastine (propriétés de l’huile de ricin)

·        Réinformer les mécanorécepteurs,

·        Permettre une réorganisation plus fonctionnelle du collagène.

 

 

3.     Fascia et douleurs

 

« Connective tissue is richly innervated and may play an important role in pain perception. » : « Le tissu conjonctif est richement innervé et pourrait jouer un rôle majeur dans la perception de la douleur. » (Hélène Langevin, Journal of Bodywork and Movement Therapies, 2009)

 

Pendant des décennies, la douleur a été principalement attribuée :

  • Aux muscles,

  • Aux articulations,

  • Ou à la compression des nerfs.

Or, le fascia relie et coordonne toutes ces structures. Lorsqu’il se rigidifie, c’est l’ensemble de la perception corporelle, du schéma moteur et de la régulation neurovégétative qui se modifie, ils peuvent alors être douloureux. Et ils sont aujourd’hui considérés comme l’un des principaux acteurs de la douleur chronique musculosquelettique.

Ils sont aujourd’hui reconnus comme de véritables organes sensoriels jouant un rôle central dans la perception de la douleur. Les études expérimentales comparant des stimulations douloureuses cutanées, musculaires et fasciales montrent que :

  • La douleur cutanée et musculaire est généralement localisée,

  • La douleur fasciale est diffuse, irradiante et mal localisée.

Cette signature douloureuse est typique des douleurs chroniques fonctionnelles, notamment :

  • Fibromyalgie,

  • Lombalgies chroniques,

  • Douleurs myofasciales persistantes.

 

Les recherches en anatomie et en neurophysiologie ont montré que les fascias possèdent une densité de terminaisons nerveuses très supérieure à celle des muscles, pouvant aller jusqu’à 6 à 10 fois plus de récepteurs sensoriels selon les régions. : des nocicepteurs (récepteurs de la douleur), des mécanorécepteurs (pression, étirement), des interocepteurs impliqués dans la perception de l’état interne du corps.

 

Le fascia est donc un acteur majeur de l’information sensorielle transmise en permanence au système nerveux central.

Un fascia peut devenir source de douleur lorsqu’il perd ses propriétés physiologiques normales, notamment sa capacité de glissement et d’adaptation. Plusieurs mécanismes sont impliqués :

  • Densification et rigidification du tissu conjonctif (déshydratation, fibrose),

  • Tension prolongée liée au stress chronique, à la surcharge mécanique ou aux troubles posturaux,

  • Altération de la circulation des fluides (sang, lymphe, liquide interstitiel),

  • Hypersensibilisation des nocicepteurs fasciaux,

  • Mémoire tissulaire après traumatismes physiques ou expériences émotionnelles intenses (concept étudié via la neuroplasticité et l’interoception).

Dans cet état, le fascia envoie des signaux d’alerte continus, souvent diffus, profonds, mal localisés, ce qui explique pourquoi ces douleurs sont fréquemment qualifiées de « bizarres », « insaisissables » ou résistantes aux traitements classiques.

  

Lors d’une inflammation prolongée, le fascia subit des modifications neuroplastiques. Chez l’animal, une inflammation chronique du fascia profond entraîne une augmentation significative des fibres nociceptives, passant d’environ 4 % à plus de 15 %.

Cette hypersensibilisation contribue à la chronicisation de la douleur, indépendamment de toute lésion musculaire ou articulaire objectivable.

 

Le fascia thoraco-lombaire constitue une structure multilamellaire reliant :

  • La colonne vertébrale,

  • Les muscles du tronc,

  • Le bassin,

  • Les chaînes myofasciales des membres.

Selon Stecco, il agit comme un récepteur global de contraintes mécaniques, capable d’intégrer les tensions issues de régions distantes et de les traduire en signal douloureux.

Les travaux d’imagerie par ultrasons de Helene Langevin montrent que chez les patients lombalgiques chroniques, ce fascia présente :

  • Une augmentation de l’épaisseur,

  • Une raideur accrue d’environ 20 %,

  • Une diminution du glissement inter-couches liée à des adhérences fibreuses.

 

De même, l’activation chronique du système nerveux sympathique joue un rôle déterminant. Les recherches de Robert Schleip montrent que l’adrénaline favorise la transformation des fibroblastes en myofibroblastes, cellules contractiles impliquées dans la fibrose.

Ce processus est médié par le TGF-β, stocké dans le fascia lâche, rendant le tissu :

  • Plus rigide,

  • Moins extensible,

  • Plus réactif aux stress ultérieurs.

Ce mécanisme fournit un modèle physiopathologique cohérent reliant stress chronique, rigidité fasciale et douleur persistante.

 

Comprendre le fascia, c’est souvent comprendre pourquoi la douleur persiste malgré des examens normaux ou des traitements ciblant uniquement le muscle ou l’articulation.

Le fascia apparaît aujourd’hui comme un acteur central de la physiopathologie de la douleur chronique, à l’interface entre mécanique tissulaire, système nerveux et inflammation. Sa prise en compte permet de dépasser l’opposition classique entre douleurs “structurelles” et “fonctionnelles” et ouvre la voie à une approche intégrative de la douleur, fondée sur le mouvement, la régulation neurovégétative et la plasticité tissulaire.

 

4.     Fascias et stress


Le stress chronique n’est pas qu’un phénomène psychologique. Il agit en profondeur sur les tissus, en particulier sur le système fascial, richement innervé et hautement sensible aux signaux mécaniques, hormonaux et émotionnels.

Parmi les acteurs clés de cette transformation tissulaire : le cortisol, hormone centrale de l’adaptation au stress. Lorsqu’il devient chronique, son action dépasse largement la régulation métabolique : il modifie la structure, la densité et la communication du fascia. En d’autres termes, le cortisol rigidifie la matrice fasciale.


 

Les études montrent que des taux élevés de cortisol :

  • Augmentent l’activité des fibroblastes,

  • Favorisent leur transformation en myofibroblastes (cellules plus contractiles),

  • Stimulent une production de collagène plus dense et moins organisée.

Sous stress prolongé, les fibroblastes perdent leur mobilité, deviennent plus rigides et contractiles, et produisent une matrice extracellulaire plus dense et moins hydratée.


Les conséquences tissulaires sont nombreuses :

  • Perte du glissement entre les couches fasciales

  • Gélification du liquide interstitiel (perte de la thixotropie)

  • Restriction globale du mouvement

  • Douleurs diffuses, fatigue chronique

  • Perte d’élasticité et d’adaptabilité tissulaire

Ces observations rejoignent très précisément les descriptions cliniques formulées dès les années 1970 par John F. Barnes, qui parlait déjà de fascias « durcis par le stress ». il avait montré que ces effets étaient réversibles.

 

Le cortisol désorganise la communication cellulaire. Le fascia n’est pas un simple tissu passif, c’est une matrice vivante, quand le cortisol est élevé :

  • La conductivité du liquide extracellulaire diminue

  • La mécano-transduction (conversion des forces mécaniques en signaux biologiques) devient moins efficace

  • Les échanges cellulaires sont ralentis

  • Le système nerveux autonome reste bloqué en hypervigilance sympathique

Les tensions deviennent alors automatiques, réflexes, comme un programme de survie figé.

On observe une véritable boucle corps–esprit de protection, dans laquelle :

  • Le tissu se rigidifie,

  • Le système nerveux interprète cette rigidité comme un danger,

  • Et entretient lui-même l’état de stress.

Dans ces tableaux, on observe fréquemment :

  • Une densification fasciale globale ou segmentaire

  • Une perte de glissement inter-fascial

  • Une diminution de la fluidité du liquide interstitiel

  • Une hyperactivité sympathique persistante

  • Une empreinte de stress inscrite dans le tissu

Le fascia agit alors comme :

  • Un amplificateur sensoriel

  • Un ancrage de mémoire tissulaire du stress

  • Un relais entre système nerveux, endocrinien et mécanique

Le cortisol chronique entretient cette boucle :

Stress → rigidité tissulaire → signal de danger → stress

 

Chaque épisode de stress laisse une empreinte tissulaire dans les fascias. Le fascia ne “stocke” pas les émotions, mais il peut conserver un état de protection prolongé induit par le stress, via le système nerveux autonome et la mécanotransduction.

Ceci peut se caractériser par :

  • Des douleurs diffuses ou mal localisées

  • Des raideurs matinales ou sensation de « corps figé »

  • Une fatigue chronique inexpliquée

  • Des troubles du sommeil (réveils nocturnes, sommeil non réparateur)

  • Des céphalées de tension, des douleurs cervicales ou lombaires persistantes

  • Une hypersensibilité sensorielle (bruit, toucher, odeurs)

  • De l’anxiété, une hypervigilance, une difficulté à « lâcher »

  • Des antécédents de stress prolongé, burn-out, choc émotionnel, trauma ancien

Les examens médicaux sont souvent peu contributifs ou non corrélés à l’intensité des symptômes.


 


5.     Fascias et Circulation Lymphatique


Le système lymphatique fonctionne comme un réseau de drainage qui débarrasse le corps des toxines et des déchets cellulaires, tout en jouant un rôle crucial dans le système immunitaire. Il comprend les vaisseaux lymphatiques et les ganglions lymphatiques, qui transportent la lymphe à travers tout le corps. Cependant, lorsque les fascias deviennent tendus ou rétractés, ils peuvent comprimer les vaisseaux lymphatiques, réduisant ainsi la circulation de la lymphe. Cette compression entraîne des déséquilibres dans la fluidité corporelle et peut provoquer des gonflements, des douleurs et une sensation de lourdeur.

 

L'assouplissement des fascias par des techniques manuelles ou des mouvements réguliers peut aider à libérer les tensions qui obstruent la circulation lymphatique. La recherche scientifique a montré que des techniques de stimulation du fascia, telles que le massage des tissus profonds ou l'exercice physique doux, peuvent augmenter le débit de la lymphe et améliorer l'élimination des déchets corporels.

 

Une mauvaise circulation lymphatique peut aussi être liée à des tensions musculaires et des raideurs. Lorsque les fascias sont tendus, la mobilité est réduite, et cela peut entraîner des douleurs chroniques, des migraines, ou même des troubles du sommeil. Des études ont démontré que la stimulation du fascia améliore la flexibilité et réduit les douleurs musculaires en favorisant la détoxification des tissus et en libérant les blocages dans le système lymphatique.

 

La circulation lymphatique est essentielle pour la gestion des fluides corporels. Lorsqu'elle est compromise, des symptômes tels que des ballonnements, des gonflements et une fatigue persistante peuvent se manifester. Une lymphe stagnante peut aussi affecter le système immunitaire, rendant le corps plus susceptible aux infections.

Des recherches ont révélé que des mouvements quotidiens simples, tels que des étirements ou des exercices de relaxation, peuvent stimuler la circulation lymphatique, favorisant ainsi un bien-être général. L'influence des fascias sur cette circulation n'est pas à sous-estimer, car ils sont intimement liés à la mobilité et à la fluidité des vaisseaux lymphatiques.

Il existe plusieurs méthodes pour assouplir les fascias, améliorer la circulation lymphatique :

  • Le Massage du Fascia : Des techniques de massage telles que le relâchement myofascial ou le massage lymphatique sont efficaces pour libérer les tensions et améliorer la circulation de la lymphe.

  • L'Exercice Physique : Des activités comme le yoga,  la natation, ou la marche douce favorisent l'assouplissement des fascias et la stimulation de la circulation lymphatique.

  • La Nutrition : Une alimentation équilibrée et riche en nutriments essentiels (vitamines, minéraux et antioxydants) soutient la santé des fascias et du système lymphatique.

Un système lymphatique bien fonctionnel permet au corps de mieux se défendre contre les infections, de réguler la pression sanguine, et d'éliminer plus efficacement les toxines. Il est donc essentiel de maintenir une bonne santé des fascias et de la circulation lymphatique pour garantir un bien-être durable.

 

  1. La fasciathérapie et autres approches psychocorporelles

 

Les travaux de Helene Langevin ont montré que :

  • La traction mécanique appliquée à un point fascial se transmet à distance,

  • Les fibroblastes réagissent globalement à ces contraintes,

  • Le fascia fonctionne comme un système de communication mécanique et biologique.

Les congrès internationaux sur le fascia (Fascia Research Congress) parlent aujourd’hui de: “Fascial system” plutôt que “fascias” au pluriel.

C’est la conséquence clinique majeure en santé intégrative car la myofasciologie a permis de comprendre qu’une restriction locale n’est jamais uniquement locale.

Par exemples :

  • Une cicatrice abdominale peut influencer la posture cervicale,

  • Une tension plantaire peut remonter jusqu’au diaphragme,

  • Un stress émotionnel peut se manifester par une rigidité thoracique ou pelvienne.

C’est précisément ce qui rend le travail myofascial global et systémique.

La pratique s’inscrit en complémentarité d’un suivi médical, psychologique ou pluridisciplinaire lorsque nécessaire.

 

De nombreuses approches thérapeutiques, anciennes et contemporaines, ont progressivement convergé vers une même évidence : le fascia constitue un lieu central d’intégration entre le corps, le système nerveux et l’histoire émotionnelle.

 

Dès le milieu du XXᵉ siècle, Wilhelm Reich a décrit les cuirasses musculaires et caractérielles, montrant que les conflits émotionnels chroniques s’inscrivent dans le corps sous forme de tensions durables, modifiant respiration, posture et vitalité. Son élève Alexander Lowen, fondateur de la bioénergétique, a approfondi cette lecture en reliant structures corporelles, organisation myofasciale et modes de défense psychique, soulignant que la libération corporelle conditionne l’évolution émotionnelle.

Dans une approche plus pédagogique et respectueuse de la physiologie, Thérèse Bertherat a montré comment des micro-mouvements précis et conscients permettent de dénouer des tensions profondes, souvent installées dans les fascias, et de restaurer une cohérence corporelle globale.

Plus récemment, Marie-Lise Labonté a formalisé la Méthode de Libération des Cuirasses©, intégrant travail myofascial, respiration, conscience corporelle et dimension émotionnelle ; elle met en évidence que les fascias ne “stockent” pas les émotions, mais traduisent un état neurovégétatif de protection prolongé, modulable par un travail corporel sécurisant.

Ces approches historiques rejoignent aujourd’hui les modèles scientifiques modernes du fascia, qui confirment qu’agir sur le tissu myofascial permet d’influencer simultanément la mécanique tissulaire, la douleur, la régulation autonome et l’équilibre psycho-émotionnel.

Le relâchement myofascial (notamment popularisé par John F. Barnes) vise à restaurer la mobilité des tissus par un travail lent et soutenu, particulièrement utile dans les douleurs chroniques, les restrictions post-traumatiques et les suites cicatricielles.

Les modèles de chaînes myofasciales (Thomas Myers, Anatomy Trains) ont renforcé la compréhension clinique du corps comme un continuum : une tension locale peut se répercuter à distance, influençant posture, geste et respiration.

Sur un versant plus anatomique et biomécanique, la Fascia Manipulation® (Carla Stecco) propose une cartographie précise des continuités fasciales et des zones clés de coordination, souvent utilisée en rééducation et en médecine du sport.

Les approches ostéopathiques, telles que la manipulation viscérale (Jean-Pierre Barral), explorent quant à elles les liens entre fascias viscéraux, diaphragme, colonne et système neurovégétatif.

Enfin, les approches “trauma-informées” et neurophysiologiques (Somatic Experiencing de Peter Levine, TRE de David Berceli, cadre polyvagal de Stephen Porges) éclairent comment le stress et les chocs peuvent figer le corps dans des schémas de protection, avec une rigidification fasciale secondaire ; elles remettent la sécurité interne, la respiration, l’interoception et la régulation autonome au centre du processus de libération.

Ensemble, ces méthodes convergent vers une même idée : travailler le fascia, c’est agir simultanément sur la mécanique, les fluides, la douleur, et la régulation du système nerveux — donc sur la santé globale.

 

En pratique, ça donne quoi ?

 

Ce sont des techniques de travail sur le fascia par étirements, massage, acupression, mouvements d'éveil corporel (Méthode de Libération des Cuirasses© que je pratique en consultation)...

Sur le plan physiologique et physique, ces techniques apportent :

  • Une diminution progressive de la densité fasciale

  • Une restauration de la thixotropie (gel → liquide)

  • Une amélioration du glissement tissulaire

  • Une modulation des afférences nociceptives

  • Une baisse de l’hyperactivité du système nerveux autonome

  • Une réduction progressive de l’état d’hypercortisolisme fonctionnel

 

Les études animales et humaines montrent que les étirements réguliers induisent :

  • Un remodelage favorable des fibroblastes,

  • Une réduction de l’inflammation locale,

  • Une amélioration du glissement fascial.

Un essai pilote mené à la Harvard Medical School a mis en évidence des modifications significatives des cytokines inflammatoires après des séances d’étirement prolongées chez l’humain.

 

Sur le plan du ressenti, le patient décrit souvent :

  • Une sensation de chaleur, d’expansion ou de relâchement profond

  • Une respiration plus ample

  • Une fatigue post-séance suivie d’un mieux-être durable

  • Une diminution des douleurs diffuses

  • Une amélioration du sommeil et de la récupération

 

Les indications fréquentes en pratique et particulièrement pertinente dans :

  • Douleurs chroniques non spécifiques

  • Fibromyalgie et syndromes douloureux diffus

  • Troubles musculosquelettiques récidivants

  • États de stress chronique ou post-traumatique

  • Troubles fonctionnels associés (digestifs, respiratoires, neurovégétatifs)

  • Accompagnement du burn-out et de l’épuisement psychocorporel


  1. Fascias et hygiène de vie 


Le terrain en naturopathie est fondamental. Pour que les fascias assurent leurs fonctions et ne subissent pas de dommage, l'hygiène de vie est capitale. Notre façon de manger, de bouger, de respirer, de gérer le stress et de dormir influence directement leur souplesse, leur hydratation et leur capacité d’adaptation.


Un sommeil de qualité:

La régénération des tissus conjonctifs se fait principalement la nuit.

Un sommeil de mauvaise qualité entraîne :

  • Une réparation tissulaire incomplète

  • Une augmentation de l’inflammation

  • Des douleurs matinales et des raideurs 


Une alimentation variée, riches en micronutriments:

Certains aliments favorisent la souplesse fasciale :

  • Les protéines de qualité (acides aminés du collagène)

  • La vitamine C (synthèse du collagène)

  • Le magnésium (relâchement tissulaire)

  • Le soufre (MSM, crucifères)

  • Les oméga-3 (anti-inflammatoires)

D'autres aliments dégradent les fascias :

  • L'excès de sucre → glycation du collagène

  • Les aliments ultra-transformés, les aliments inflammatoires (café, gluten, laitage...)

Une alimentation inflammatoire rigidifie littéralement le corps.


Une hydratation adaptée

Les fascias sont constitués majoritairement d’eau, piégée dans une matrice riche en acide hyaluronique.

Une bonne hydratation permet :

  • Le glissement entre les couches fasciales

  • La transmission harmonieuse des forces

  • La diminution des douleurs et raideurs

À l’inverse, la déshydratation chronique entraîne :

  • L'épaississement de la matrice

  • La perte d’élasticité

  • Les adhérences et les douleurs diffuses


Une activité adaptée: les fascias aiment la lenteur et la variété

Contrairement aux muscles, les fascias n’aiment pas la répétition mécanique.

Les mouvements les plus bénéfiques :

  • Les étirements lents et prolongés

  • Les mouvements spiralés et multidirectionnels

  • L'alternance contraction / relâchement

  • La mobilité douce quotidienne

  • Les mouvements d'éveil corporel (MLC)

À l’inverse, les plus délétères :

  • La sédentarité prolongée

  • Le sport intense sans récupération

  • Les postures figées

Le fascia se nourrit du mouvement conscient, pas de la performance.


Une respiration ample

Les fascias sont très riches en récepteurs nerveux et intimement liés au système nerveux autonome.

Ce qui l'aide:

  • La respiration diaphragmatique lente

  • La cohérence cardiaque

  • Les pauses respiratoires conscientes

  • Le chant, la vibration, les bâillements

Un fascia détendu est le reflet d’un système nerveux apaisé.


Un équilibre psycho-émotionnel

La gestion des émotions est essentielles pour maintenir souplesse et harmonie dans les fascias.

Les fascias réagissent fortement :

  • Aux chocs émotionnels

  • Aux stress prolongés

  • Aux tensions non exprimées

Ils peuvent devenir le support corporel d’une histoire vécue, maintenant une posture défensive ou une rigidité chronique. Exprimer ses ressentis, libérer les traumas, apprendre à lâcher-prise, outre le fait de nous permettre de grandir en conscience, va préserver l'intégrité de ces tissus longtemps restés dans l'ombre.


  1. Exercices de libération des fascias


Pour libérer les fascias des viscères (intestins, côlon, mésentère, diaphragme), améliorer la mobilité organique et apaiser le système nerveux.

  • Allongé(e) sur le dos

  • Genoux fléchis, pieds à plat

  • Une balle souple (tennis, liège ou balle sensorielle) posée sur l’abdomen, autour du nombril

  • Une main posée sur la balle

  • Effectuer de lents cercles autour du nombril

  • Sens des aiguilles d’une montre uniquement

  • Pression douce, progressive, confortable

  • Mouvement fluide, sans à-coups

Durée : 2 à 5 minutes


Conseils:

  • Inspirer par le nez

  • Expirer lentement par la bouche

  • À chaque expiration, laisser le ventre s’assouplir sous la balle

La respiration est essentielle : le fascia se relâche avec la lenteur et le souffle


Cet exercice a de multiples vertus:

✔ Libération des fascias viscéraux

✔ Amélioration du transit intestinal

✔ Diminution des tensions abdominales

✔ Stimulation du nerf vague (parasympathique)

✔ Apaisement émotionnel et sensation de sécurité intérieure (libération de mémoires utérines cristallisée dans la zone de l'ombilic)

✔ Meilleure relation ventre–cerveau


Pour libérer les fascias de la chaîne musculaire postérieure et stimuler le nerf vague



Debout, pieds légèrement écartés, genoux dévérouillés:

  • Bras relâchés

  • Laisser la tête se retomber en regardant vers les pieds

  • Ralentir volontairement l’expiration, laisser le corps s’alourdir, parfois avec un léger balancement

  • Dans un mouvement d'enroulement, laisser le haut du corps redescendre

  • Aller toucher le sol avec les mains

  • Le mouvement est passif, guidé par le souffle, sans recherche de performance

  • Rythme lent, continu, parfois accompagné d’un soupir, d’un bâillement ou d’un micro-tremblement.


Les fascias sont extrêmement sensibles au tonus neurovégétatif. En sortant du mode “faire / contrôler”, on permet :

  • un relâchement des fascias profonds (diaphragme, psoas, cou)

  • une diminution des tractions sur les nerfs, les viscères, la posture.


L’expiration lente et prolongée stimule directement le nerf vague ventral, favorisant :

  • ralentissement du rythme cardiaque

  • baisse du cortisol

  • apaisement du système nerveux autonome.


Pour libérer l'aponévrose plantaire et les fascias de la chaîne musculaire postérieure


Debout, genoux déverrouillés, dos droit, regard vers l'horizon, bras et mains relâchés:

  • placer une balle de tennis sous le pied droit pour un droitier, gauche pour un gaucher,

  • Faire rouler la balle du talon aux orteils,

  • Appuyer, masser en explorant toutes les zones du pied

  • respirer profondément, lentement

  • 2 à 3 min sous chaque pied.


Bienfaits et effets

  • Assouplit l’aponévrose plantaire, souvent sur-sollicitée ou rigidifiée

  • Relâche l’ensemble de la chaîne musculaire postérieure (mollets, ischio-jambiers, lombaires, dos, cervicales)

  • Améliore l’ancrage au sol et la stabilité posturale

  • Peut soulager les tensions des genoux, hanches et lombaires

  • Rééquilibre la répartition des appuis plantaires

  • Stimule les nombreux récepteurs sensoriels du pied, riches en terminaisons nerveuses

  • Active le système parasympathique, induisant détente et relâchement global

  • Diminue les états de stress, de tension et d’hypertonie musculaire


Cet exercice est particulièrement bénéfique :

  • en cas de fasciite plantaire, tensions du dos, raideurs matinales

  • après une journée debout ou une activité physique




Les avancées récentes en fasciologie montrent que le fascia constitue un système biologique continu, dynamique et hautement innervé, impliqué dans la mécanique corporelle, la perception sensorielle, la régulation neurovégétative et la physiopathologie de la douleur chronique.

Sa plasticité dépend étroitement du mouvement, de l’hydratation, des contraintes mécaniques et du contexte neuro-endocrinien, en particulier du stress chronique. Les données issues de l’anatomie fonctionnelle, de l’imagerie et de la neurophysiologie confirment que la rigidification fasciale altère le glissement tissulaire, modifie l’information sensorielle et entretient les syndromes douloureux persistants.

Les approches myofasciales et fasciathérapeutiques, qu’elles soient manuelles, posturales ou psychocorporelles, s’inscrivent aujourd’hui dans un cadre scientifique cohérent, rejoignant les observations cliniques formulées par Wilhelm Reich, Alexander Lowen, Thérèse Bertherat et Marie-Lise Labonté.

La fasciologie offre ainsi une lecture intégrative de la santé, à l’interface entre structure tissulaire, système nerveux et adaptation globale de l’organisme.


Pour conclure, je dirai que les fascias sont un miroir vivant de notre hygiène de vie. Ils traduisent dans le corps :

  • Notre niveau de stress,

  • Notre qualité nutritionnelle et micronutritionnelle,

  • Notre rapport au mouvement,

  • Notre capacité à nous relâcher et à nous adapter.

Prendre soin de ses fascias, ce n’est pas seulement prévenir la douleur :c’est favoriser la fluidité, la vitalité et l’équilibre global du corps.

 


Sources :

  • Schleip R., Klingler W., Lehmann-Horn F.Active fascial contractility: Fascia may be able to contract in a smooth muscle-like manner. Journal of Bodywork and Movement Therapies, 2005.

  • Schleip R., Müller D.G. Training principles for fascial connective tissues : Scientific foundation and suggested practical applications. Journal of Bodywork and Movement Therapies, 2013.

  • Findley T.W., Schleip R. Fascia Research. Elsevier, 2007 / 2012.

  • Langevin H.M., Huijing P.A. Communicating about fascia : History, pitfalls, and recommendations. International Journal of Therapeutic Massage & Bodywork, 2009.

  • Chrousos G.P. Stress and disorders of the stress system, Nature Reviews Endocrinology, 2009.

  • Pischinger A. The Extracellular Matrix and Ground Regulation. North Atlantic Books, 2007.

  • Barnes J.F. Myofascial Release : The Search for Excellence. Rehabilitation Services Inc.

  • Ernst, E. "Fascia Therapy: A Review of Evidence-Based Techniques." Journal of Alternative and Complementary Medicine, 2003

  • Mayer, J.  "The Role of Fascia in Bodywork and Physical Therapy." International Journal of Therapeutic Massage & Bodywork, 2007

  • Stecco C, Porzionato A, Macchi V, et al. Functional Atlas of the Human Fascial System, Elsevier; 2014.

  • Stecco A, Stern R, Fantoni I, et al. Hyaluronan within fascia in the etiology of myofascial pain. Surg Radiol Anat. 2011;33(10):891–896.

  • Langevin HM, Fox JR, Koptiuch C, et al. Reduced thoracolumbar fascia shear strain in human chronic low back pain. BMC Musculoskelet Disord. 2011;12:203.

  • Pavan PG, Stecco A, Stern R, et al. Painful connections: densification versus fibrosis of fascia. Curr Pain Headache Rep. 2014;18(8):441.

 

 

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